URI AVNERY, GUSH SHALOM : LE VRAI OBJECTIF D'ISRAEL EST UN CHANGEMENT DE REGIME AU LIBAN ET L'INSTALLATION
D'UN GOUVERNEMENT A SES ORDRES.
[Gush Shalom 18.07.2006 - traduit par Gregwah]
Le vrai objectif des généraux israéliens est de provoquer un changement de régime au Liban et d'y installer un gouvernement fantoche à nos ordres. C'était déjà l'objectif de Sharon lors de l'invasion de 1982. Il avait échoué. Mais Sharon et ses disciples dans l'armée et l'establishement politique israélien n'ont jamais abandonné le projet. Tout comme ils n'ont jamais dévié d'un pouce du projet initial de Golda Meir: garantir l'hégémonie israélienne sur la région en destabilisant et vassalisant ses voisins.
Tout comme en 1982, l'opération militaire actuelle a été planifiée de longue date et est conduite en totale coopération avec les Etats-Unis. Et, à nouveau comme en 1982, il ne fait aucun doute qu'elle est menée avec l'assentiment tacite et le soutien d'une partie de l'élite libanaise. Ce sont les deux points fondamentaux à retenir. Tout le reste n'est que bruit et propagande. . .
L'idée d'installer un Quisling au Liban n'a rien de neuf. En 1955, David Ben-Gurion avait élaboré un plan prévoyant la prise de pouvoir par un "Officier chrétien" et la mise en place d'une dictature militaire au Liban. Moshe Sharet réussit à lui faire comprendre qu'un tel projet démontrait une totale ignorance du mode de fonctionnement de la société libanaise et torpilla le plan. Mais 27 ans plus tard, Ariel Sharon tenta de le mettre en oeuvre malgré tout. Bashir Gemayel fut installé comme président, avant d'être sauvagement assassiné peu de temps après. Son frère, Amine, lui succéda et signa promptement un accord de paix avec Israël avant de perdre son poste aux prochaines élections. (Aujourd'hui le même Amine Gemayel se félicite publiquement des bombardements israéliens sur le Liban.). . .
La politique américaine est pleine de contradictions. Le président Bush ne cesse de souhaiter un "changement de régime" au Moyen Orient, mais le régime actuel au Liban vient à peine d'être mis en place, sous tutelle états-unienne. Pendant la même période la seule chose que Bush a réussi à faire est de fractionner l'Irak et d'y déclencher une guerre civile. Il risque fort de faire la même chose au Liban s'il ne stoppe pas l'armée israélienne à temps. Par ailleurs, des frappes violentes contre le Hezbollah ne feront pas qu'enrager l'Iran, mais également les Chi'ites en Irak, une population sur laquelle reposent tous les plans de Bush pour la constitution d'un régime politique pro-américain. . .
(...)Si Olmert espère être perçu comme un chef à poigne, un Sharon #2, il risque d'être déçu. La même chose vaut pour les efforts de Peretz d'être pris au sérieux dans son nouveau costume sécuritaire. Tout le monde a parfaitement compris que cette campagne - tant sur le front de Gaza et du Liban - a été planifiée par l'armée et dictée au gouvernement. Aujourd'hui, en Israël, la seule personne qui prend les décisions est le chef d'état major, Dan Halutz. Ce n'est pas un hasard si le boulot libanais a été confié à l'Armée de l'air.
La populations israélienne n'est pas enthousiasmée par la guerre. Elle s'y est résignée avec fatalisme parcequ'on lui a dit qu'il n'y avait pas d'autre alternative. Et comment être contre cette guerre ? Qui ne voudrait pas libérer les "soldats kidnappés" ? Qui ne voudrait pas faire cesser les tirs de missiles et rétablir la dissuasion ? Aucun politique ne se risque à critiquer l'opération (sauf les députés arabes mais personne dans l'opinion publique et les médias ne leur prête attention). Dans les médias, les généraux règnent sans partage, même ceux qui ont raccroché l'uniforme depuis longtemps. Chaque jour nous voyons défiler dans les médias des anciens généraux qui viennent commenter, expliquer et justifier, tous parlant d'une seule voix. . .
Juste une petite remarque en passant : quand, au beau milieu d'une guerre cruelle, l'Etat d'Israel a été crée, on voyait partout une affiche sur les murs qui proclammait : "Tout le pays est le front ! Tout le peuple est l'armée !" 58 ans ont passé et ce slogan est toujours autant d'actualité. Que devons nous en déduire sur les capacités politiques et militaires de nos hommes politiques et nos généraux ?
L'illusion qu'un gouvernement israélien "fort et uni" peut unilatéralement déterminer les frontières et les vies d'Israël et de ces voisins a explosé pour laisser la place à une réalité sanglante. Si nous continuons à nous obstiner à éviter la voie des négociations politiques et à lui préférer la force, l'humiliation et l'injustice, l'avenir ne nous réserve que des nouvelles victimes, de nouveaux blessés, de nouvelles destructions, de nouvelles angoisses ainsi que la paralysie économique et sociale pour nous et nos voisins.
http://gush-shalom.org
La "gauche" israélienne (si pour autant une chose pareille existe)
ose enfin s'interroger sur la mainmise militaire sur la politique
et les esprits en Israël...
DÉCLARONS-NOUS VAINQUEURS ET COMMENÇONS À PARLER
[Ze'ev Sternhell- Ha’aretz, 28 juillet 2006 - Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant]
Il semble que nous n’ayons rien appris de la première guerre du Liban ni de la défaite américaine en Irak. Si la définition de l’objectif stratégique d’Israël qu’a donnée le chef du renseignement militaire reflète la position du gouvernement, nous sommes très mal.
Si Israël s’est vraiment embarqué dans une guerre pour forcer le Liban à imposer son autorité au Sud, qui se trouve aux mains du Hezbollah, en d’autres termes, à forcer le gouvernement libanais à entamer une guerre civile au service d’Israël, c’est le signe que nous sommes gouvernés par une pensée encore plus primitive que celle qui a conduit Ariel Sharon jusqu’à Beyrouth, il y a un quart de siècle.
Mais cette fois, nous avons exacerbé le problème : au début de la troisième semaine de combats, malgré la détermination et le courage de nos soldats, la guerre paraît seulement commencer. C’est la raison pour laquelle il nous faut parvenir à un cessez-le-feu, avant que la campagne ne soit hors de contrôle, fasse des victimes inutiles et, à terme, ne se transforme même en échec stratégique. Dans un avenir plus lointain, nous devrons effectuer une réforme de structure fondamentale des procédures du gouvernement et examiner sa dépendance à l’égard de l’état-major militaire. Ce sont là des vérités qu’il ne fait pas bon de dire en ce moment, mais c’est la réalité, et nous devons l’affronter.
Considérant les moyens qu’emploie Tsahal et le rapport des forces sur le terrain, toute issue qui reviendrait à moins qu’à l’élimination du Hezbollah en tant que force combattante sera considérée comme un échec d’Israël et un grand succès pour l’ennemi. Mais, étant donné qu’il est impossible d’éradiquer le Hezbollah chez les chiites sans détruire la population elle-même, la sagesse doit nous dicter d’éviter de nous fixer des objectifs impossibles à atteindre.
http://www.haaretz.com/hasen/spages/743764.html