LE "COUP" DE L'ATTAQUE DE
L' ASSEMBLEE TERRITORIALE
DE NOUVELLE-CALEDONIE

LE 22 JUILLET 1982.

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Encore un coup fourré ou un coup foireux, ce qui serait un terme beaucoup plus juste…

Le 22 juillet 1982, soit comme par hasard un jour avant la libération de DOMINIQUE CANON inculpé pour l assassinat de PIERRE DECLERQ le 19 septembre 1981...

Ce 22 juillet, lors d une manifestation contre la réforme foncière regroupant de nombreux calédoniens sur la PLACE DES COCOTIERS de NOUMEA, il avait été décidé d'occuper les locaux de l'Assemblée Territoriale.

Pour cette opération, le recrutement du fameux "commando d'occupation" ( un bien grand mot pour pas grand chose ) s'était fait de bouche à oreille parmi les jeunes manifestants autour du kiosque à musique situé en haut de ladite place.

Ce kiosque abritait le poste de commandement de la manifestation et de nombreux orateurs chauffaient la foule.

Il convient de préciser que le matin à l'ouverture des portes de l'assemblée territoriale, des membres de ce commando s'étaient mêlés au public à l intérieur même des locaux.

JACKY UICHI en faisait partie et c est principalement à partir de ce moment-là que remonte notre collaboration, en plus d avoir été voisins pendant notre adolescence à LOGICOOP DUCOS OUMEA.

Nous avions tous deux été prévenus avant ce coup de force et je m'étais muni d'un casque de moto.

C'est en partie grâce à ce casque que j'avais évité la prison, comme tant d autres du reste…

Hormis ceux qui étaient déjà dans l'assemblée, les membres de ce commando s étaient regroupés discrètement à l intérieur du CENTRE CLARINS appartenant à HENRI MORINI.

Ce centre sis 9 RUE DU MARECHAL FOCH avait l'avantage d être spacieux, discret et très proche de l'assemblée territoriale, surtout en sortant par la porte de derrière comme ce fut le cas.

C'est ainsi que nous partîmes à l'assaut de cette institution où se jouait l'avenir foncier de la NOUVELLE-CALEDONIE, avenir où la F.N.S.C. comptait jouer un rôle important au moment du vote.

Alors que nous étions tous groupés au pas de course, je vis de nombreux membres de ce commando obliquer vers la droite pour retourner vers le kiosque à musique :

Ils nous lâchaient !

Je n'ai jamais su si la trouille en était la cause ou si cette manœuvre faisait partie de la magouille du 22 juillet...

Nous avons néanmoins continué de courir, bousculé les très rares policiers de fonction à l'entrée de l'assemblée territoriale dont FRANCK CHEVAL ; sous l élan celui-ci s était retrouvé du rez-de-chaussée à l'étage, sans aucune blessure précisons-le.

Notre "MONSIEUR MUSCLE" national, PATRICK MALLET, et quelques autres tenaient les portes fermées derrière nous, mais il faut malheureusement reconnaître qu ils étaient bien seuls à contenir les policiers venus en renfort.

Alerté par ce bruit un membre de l Assemblée Territoriale, CLAUDE FOURNIER si je ne me trompe, eut à peine le temps de fermer une des deux portes d accès à la salle d'audience.

De ce fait nous entrâmes par l'autre porte et comme par hasard, celle-ci donnait sur le camp indépendantiste ; c est ainsi que je m'étais retrouvé juste derrière ELOI MACHORO.

Il y eut un moment de flottement avant que n éclatent quelques bagarres, le commando s étant éparpillé dans la salle.

ELOI MACHORO voulut se lever, mais je posai doucement mes mains sur ses épaules en lui disant :

" Non, ce n est pas contre vous que nous sommes là ; c est contre la F.N.S.C. ".

Réponse d ELOI MACHORO : " Ah bon ? ", et il s assit de nouveau.

Pourtant la tension montait dans la salle et les bagarres s amplifiaient.

JEAN MOUREN fut atteint au visage par un micro arraché et utilisé comme projectile, après avoir lui-même asséné un gros dossier sur la tête d un conseillé territorial.

Il faisait partie du commando juste à mes côtés, et je lui dis : " Reste derrière moi VIEUX, tu es blessé... ".

En effet, étant casqué j étais beaucoup mieux protégé que lui.

Les choses allèrent plus vite ensuite et les bancs du public furent utilisés pour barricader l'entrée donnant du côté du haut-commissariat de NOUVELLE-CALEDONIE.

En fait, nous étions tout bonnement en train de nous enfermer nous-mêmes dans un piège, cela je l'avais découvert un peu plus tard à mes dépens...

En effet, la foule entourant le kiosque à musique devait venir tout de suite après la prise d assaut de l assemblée, pour l'occuper avec nous...

Elle ne vint jamais…

Par contre les très nombreux policiers, OUI !

Au rez-de-chaussée, PATRICK MALLET ne put les contenir plus longtemps et dut se réfugier avec quelques autres personnes dans les toilettes à l étage.

C est de là qu ils s'enfuirent de ce guêpier, en sautant par une petite fenêtre.

L un d'eux fut matraqué par un policier mélanésien en touchant le sol, mais heureusement il possédait un casque lui aussi.

Le policier à la matraque fut assommé d un seul coup de poing par le suivant qui venait juste d atterrir à côté de lui... il l avait aperçu trop tard !

PATRICK MALLET fut l'un des derniers à passer par cette petite fenêtre, avec quelques difficultés vu sa forte carrure.

A l'intérieur de l assemblée territoriale, c était pire :

Des policiers, principalement des calédoniens, commençaient à asséner des grands coups de matraques sur certains membres du commando.

Je n ai jamais oublié leurs visages, et je m étais bien dit qu un jour ou l'autre ils devraient tous payer pour cela.

Je n ai jamais mis à exécution cette réflexion bien que l'envie ne m en ait pas manquée…

Quoi qu il en soit, en voyant cela j'avais pensé :

" Maintenant ça va être notre tour, qu est-ce que nous allons dérouiller ! ".

Je fis plusieurs nœuds dans la sangle de mon casque, en les serrant très fort car j avais vu de mes yeux certains policiers calédoniens cherchant systématiquement à ôter les casques des membres du commando afin de mieux pouvoir les matraquer.

Pourtant un gradé, PAUL DESPAUX vint près de nous en disant :

" Allez, allez, enlevez-moi tous ces bancs devant la porte et sortez ! Où est la clef ? Qui a la clef ? ".

Nous ne l'avions pas, mais il la trouva quelque part dans l'Assemblée.

A peine la porte entrouverte, une envolée de moineaux se produisit, trop heureux de pouvoir sortir de cette ‘ ASSEMBLEE TERRITORIALE-PIEGE A CONS-MAGOUILLE .

J'étais avec un autre jeune homme, un bagarreur très puissant devenu croyant et fervent pratiquant par la suite

Un changement radical que j ai toujours admiré, à l inverse de nombre de ses amis "légèrement" moqueurs...

Il voulait aller prendre les manches de pioches dissimulés dans les coffres de certaines voitures garées autour de la manifestation.

Quant à moi je pris le chemin du poste de commandement du kiosque à musique, bien déterminé à retrouver les responsables de ce fiasco !

Parvenu à la hauteur de l'ancien hôtel NEW ORLEANS maintenant détruit, je croisai GUY FOUQUES.

Une colère terrible m'animait, colère d avoir été grugé, mais surtout pour les autres qui s étaient fait tabasser, ou qui étaient encore en cours de tabassage car n ayant pas pu s enfuir comme nous grâce à PAUL DESPAUX.

GUY FOUQUES s'était retrouvé contre le mur de l'hôtel, et je lui avait demandé :

" Pourquoi la foule n est pas montée comme c était prévu ? Si c est à cause de toi, je vais t éclater ! ".

Il avait les larmes aux yeux lorsqu il me répondit :

" Non je te jure que ce n est pas moi ! J'ignore pourquoi la foule n est pas montée et c est pourquoi je suis là ; j allais voir ce qui se passe à l Assemblée. Je te jure que ce n est pas moi ! ".

Devant ses paroles qui me semblaient sincères, je le laissai là pour aller directement au kiosque à musique un peu plus bas.

Après m'être frayé un chemin dans la foule, je parvins à l'intérieur du kiosque où je posai les mêmes questions à MARTIAL FRICOTE. Celui-ci était toujours volontaire pour les services d ordre de la droite locale, et toujours est-il qu il me répondit :

" Moi j ai essayé de parler dans le micro pour dire à la foule de monter, mais ils ont supprimé le son et je parlais dans le vide... ".

Question de ma part :" Qui ça "ils" ? Dis-moi qui c est ? Qui a fait cela ? ".

Réponse de MARTIAL FRICOTE :

" Eux là ! ", en me montrant le docteur en psychiatrie GEORGES ZELDINE qui haranguait la foule du haut d une petite estrade.

J'étais allé sur cette estrade, je l'avais saisi par le col de sa veste en le traînant à l intérieur du kiosque à musique :

Je voulais lui faire subir ce que les autres avaient subi là-haut par sa faute !

J avais entendu craquer sa veste et un grand " OH ! " dans la foule, mais le service d ordre composé de wallisiens m était tombé dessus, m'empêchant de mener à terme ma décision.

Je me souviendrai toujours de ce vieil homme debout à côté de moi, me demandant sans cesse : " Jeune, qu est-ce qu il y a ? Pourquoi ne me dis-tu rien ? Qu est-ce qui s'est passé là-haut ? Parle-moi... ".

Pourquoi parler... Les autres s étaient fait tabasser, la foule n'était pas montée comme prévu, nous avions tous été "grugés" , et l'autre débitait ses conneries en jouant tranquillement avec son micro pendant ce temps là...

Comment expliquer tout cela à un vieil homme, avec la colère qui me brûlait les tripes ?

Quelques heures plus tard, la tension étant retombée, je posai les même questions à HENRI MORINI qui me répondit alors :

" Je suis comme toi, je l ignore ! Tout ce que je sais, c'est que je vais avoir des ennuis maintenant... ".

Trois jours après, il était incarcéré au CAMP-EST avec une douzaine de membres du commando, mais l'assemblée territoriale avait refusé l'ordonnance foncière concernant les terres de NOUVELLE-CALEDONIE.

Vous aviez obtenu ce que vous désiriez sur le dos de ce commando, n est-ce pas JACQUES LAFLEUR ?

Et vous JUSTIN GUILLEMARD, l'ardent défenseur des terres calédoniennes devenu bien silencieux après l iniquité de notre procès d assises les 24/25/26 avril 1996 ?

Tout le monde était libéré de prison après deux ou trois mois, et si je n avais pas été incarcéré cette fois-là, c est que le soir même je partais vers le nord de la NOUVELLE-CALEDONIE à plus de 300 km de NOUMEA.

J étais accompagné par un autre membre de ce commando avec lequel je tentai de voler des explosifs sur une mine de nickel appartenant à ROBERT FROUIN, dans les environs de KOUMAC.

Dérangés dans cette action, nous avions tout remis en place avant de revenir à NOUMEA une dizaine de jours plus tard.

A mon retour, j'appris que deux inspecteurs de police s étaient rendus à mon domicile...

C'était déjà avec cet ami qu en 1977 / 1978 nous nous étions retrouvés à POINDIMIE pour une "grande manifestation politique" à l'instigation du R.J.P.C., LE RASSEMBLEMENT DES JEUNES POUR LA CALEDONIE.

Ce pseudo mouvement n était en fait qu un satellite du R.P.C.R. de JACQUES LAFLEUR.

Je dis pseudo car cette décision de se rendre à POINDIMIE avait été prise au cours d une réunion dans une salle de l hôtel MOCAMBO à NOUMEA, réunion animée entre autres par deux inspecteurs des forces de l ordre.

- L un officiait dans les RENSEIGNEMENTS GENERAUX ( R.G. ), rien que ça !

Je n ai jamais connu l'identité de cet agent, mais je n'ai pas oublié son visage.

- L autre était l' inspecteur de police MICHEL LE MIERE, du commissariat central de police de NOUMEA.

C est ainsi qu en compagnie d autres jeunes responsables du R.J.P.C., ils avaient recensé à main levée tous ceux qui avaient décidé de se rendre à POINDIMIE après avoir été bien chauffés avec des slogans politiques dans le genre " POINDIMIE ET LA COTE EST, C'EST LA CALEDONIE FRANCAISE et patati et patata... ".

Le moins que l'on puisse dire, c est que ces deux inspecteurs n'avaient pas été inactifs dans cette réunion...

Inutile de dire qu'il y eut un énorme décalage entre le nombre de personnes ayant levé la main à cette foutaise de réunion et celles qui s'étaient réellement rendues à POINDIMIE.

Sur place et vu notre nombre, nous avions même "rasé les murs'' en quelque sorte...

Bien sûr, nous avions subi un très sérieux contrôle routier de la part de cette"chère'' gendarmerie nationale, avant de parvenir à POINDIMIE...

Et hop ! Une petite fiche de renseignements, ça peut toujours servir pour plus tard n'est-ce pas ?

Avec beaucoup de retard, je ne vous dis pas merci pour cette première leçon minable de bipolarité politique, JACQUES LAFLEUR !

Pour en revenir au coup foireux du 22 juillet 1982 et au docteur GEORGES ZELDINE, rappelons que ce dernier avait fait paraître quelques articles issus de son ''très brillant cerveau'' dans LES NOUVELLES CALEDONIENNES, articles politiques bien sûr...

C'était après le 22 juillet 1982, mais jamais pourtant il ne parla du tabassage de ce commando, tabassage dont il était la cause… Mais était-il le seul à partager cette responsabilité au sein de cet honorable poste de commandement situé dans le kiosque à musique de NOUMEA ?

Il vient de temps en temps au CAMP-EST voir"un client'' pour une expertise psychiatrique destinée au tribunal de NOUMEA, et à chaque fois que je le croise, je pense : " Tiens, voilà le magouilleur... ".

Enfin, il m'avait tout de même établi un certificat d'arrêt de travail de quelques jours à l'époque où j'avais de gros problèmes avec le docteur HENRI DUBOURDIEU, lequel avait déclaré avec aplomb en tant que chef du service municipal d'hygiène :

" Il y a des pions qui disparaissent, mais la partie d'échec continue... ".

Ce dernier avait prononcé cette petite phrase après avoir voulu m'imposer une mutation disciplinaire, à la suite de problèmes relationnels consécutifs à la grande épidémie de dengue de 1989.

Celle-ci avait provoqué la mort d'une dizaine de personnes en plus de vingt mille malades, ne l'oublions pas !

Une très lourde faute administrative ayant de plus été commise aux plus hauts niveaux du service de santé, cette demande de mutation arbitraire ne fut pas acceptée par le personnel qui se mit immédiatement en grève.

La faute administrative en question ne fut jamais rendue publique malgré mes tentatives auprès des médias locaux, et cette mesure disciplinaire fut abandonnée.

Durant les années 1991 / 1992, le docteur HENRI DUBOURDIEU était encore le chef du service de l'hygiène en cette période plus que trouble durant laquelle le docteur GEORGES ZELDINE me délivra ce fameux arrêt de travail.

Je me souviens très bien avoir exposé à ce dernier les raisons profondes de ma visite, et comme entre"docteurs'' on ne se cache rien, ces deux-là s'étaient tout raconté...

C'est ça le secret médical en NOUVELLE-CALEDONIE... Un peu comme le secret de l'instruction...

Mais revenons au coup de l'assemblée territoriale avec un dernier détail assez intéressant :

Tous les débats de cette séance plus que houleuse du 22 juillet 1982 avaient été filmés de l'intérieur même de l'assemblée territoriale, comme"par hasard''...

C'était l'unique chaîne de télévision d'état qui avait couvert l'événement, F.R.3. ( F.R.3. ayant été remplacé par R.F.0. le 01 janvier 1983 ).

Bien sûr, cette couverture télévisée avait grandement contribué à l'arrestation et au fichage des membres de ce commando, entre autres moyens...

Les 24 / 25 / 26 avril 1996, cette même chaîne de télévision avait demandé l'autorisation de couvrir notre procès d'assises.

Une disposition de la loi le prévoyant paraît-il, tous mes coïnculpés refusèrent énergiquement tandis que je restais à l'écart de cette décision.

JE N'EN AVAIS STRICTEMENT PLUS RIEN A FOUTRE !

Je savais que ce procès serait truqué, comme l'avait été toute l'instruction de notre dossier, comme l'est l'histoire de ce pays.

 

Le 22 juillet 1982, date du coup de l'assemblée territoriale, les personnes ci-dessous occupaient les fonctions suivantes :

FRANCOIS MITTERAND président de la république.

PIERRE MAUROY premier ministre.

ROBERT BADINTER ministre de la justice.

GASTON DEFFERRE ministre de l'intérieur.

HENRI EMMANUELLI secrétaire d'état chargé des DOM-TOM.

CHRISTIAN NUCCI haut-commissaire de la république en NOUVELLE-CALEDONIE.


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