PREMIERE AFFAIRE D'OUVEA EN 1988

LA GROTTE DE GOSSANNAH

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D.G. / W.J. :

Une tragique affaire de prise d'otages a vu la mort de 19 kanaks indépendantistes, de 2 gendarmes de la brigade de FAYAOUE et de 2 militaires tués dans l'assaut de la grotte de GOSSANAH.

Peu après ce drame, PHILIPPE LEGORJUS alors chef du G.I.G.N. démissionnait non sans avoir écrit un livre où il ne disait certainement pas toute la vérité, notamment sur les exécutions sommaires perpétrées contre les indépendantistes.

W.J. :

Une enquête menée sur place par un journal indépendantiste de l'époque, BWENANDO, certifiait entre autre que ALPHONSE DIANOU avait été exécuté après la reddition, de même que le jeune AMOSSA WAINA ( porteur de thé ) abattu d'une balle dans la tête en sortant de la grotte.

D.G. :

Lors d'une émission de télévision, PHILIPPE LEGORJUS paraissait embarrassé, peut-être de ne pouvoir tout dire. Toujours est-il qu'il avait démissionné après toute cette boucherie, comme avait pu le dire JEAN-MARIE TJIBAOU dans une interview retrouvée"par hasard'' dans les archives de RADIO DJIDO, et diffusée il y a quelques mois sur les ondes de cette même station

W.J. :

Un petit détail mérite cependant d'être signalé:

Très peu de temps après ce drame ( tant du point de vue indépendantiste que non-indépendantiste ), une photo montrant tous les corps des militants kanaks allongés sur le sol a circulé à LIFOU.

Il semblerait fort que ce soit la même photo que celle publiée par la suite dans le magazine PARIS-MATCH de l'époque.

Celle-ci a été donnée par FRANCK WAHUZUE à REMY WATHIEPEL, qui l'a remise à son tour à CHARLES NYTREIJ ; ces deux personnes étaient membres de l'U.C. au moment des faits.

Comment FRANCK WAHAZUE a-t-il été en possession de ce cliché, avant tout le monde ?

Ce cliché a-t-il été mis en circulation à LIFOU, cœur de l'U.C., pour bien montrer ce qui arrive quand on veut jouer au"RAMBO'' avec les troupes un peu spéciales de l'armée française ? Une prise d'otages de la gendarmerie de LIFOU ne devait-elle pas être effectuée également? Mais ce dernier point reste néanmoins à vérifier.

NOTE SUPPLEMENTAIRE

Il convient de préciser que 4 gendarmes de la brigade de FAYAOUE ont été tués et non 2.

D'autre part, il paraît que c'était la gendarmerie de MARE et non celle de LIFOU qui devait faire l'objet d'une prise d'otages en même temps qu'OUVEA.

Cette affaire a eu lieu du 22 avril 1988 et s'est terminée dans un vrai bain de sang le 05 mai 1988, en pleine élection présidentielle en FRANCE.

Il fallait des résultats rapides pour"certaines personnalités''... Encore et toujours la politique !

C'est ainsi que 130 militaires de l'armée française prirent part à l'OPERATION VICTOR, sous les ordres du général VIDAL.

  • - 34 parachutistes du 11ème CHOC ( médecins compris ).
  • - 16 du commando HUBERT ( médecins compris ).
  • - 14 du G.I.G.N. ( un médecin + deux infirmiers compris ).
  • - 11 de l'E.P.I.G.N.

Ce commando d'assaut était placé sous les ordres du lieutenant-colonel DOUCET, en face de nationalistes kanaks civils.

Inutile de préciser que les membres de ce commando étaient des hommes d'élites de l'armée française, armée française utilisée dans une opération de police dans un territoire d'outre-mer français...

C'était vraiment une première dans les annales de la cinquième république française !

Le 05 mai 1988, date des deux assauts successifs de la grotte de GOSSANAH les personnes ci-dessous occupaient les fonctions suivantes :

FRANÇOIS MITTERAND président de la république.

JACQUES CHIRAC premier ministre jusqu'au 10 mai 1988.

ALBIN CHALANDON ministre de la justice jusqu'au 12 mai 1988.

CHARLES PASQUA ministre de l'intérieur jusqu'au 12 mai 1988.

CLEMENT BOUHIN haut-commissaire de la république en NOUVELLE-CALEDONIE.

 

Il est à noter les dates importantes suivantes :

  • 22 avril 1988 Attaque de la gendarmerie de FAYAOUE OUVEA.

  • 24 avril 1988 Premier tour des élections présidentielles françaises.

  • BERNARD PONS arrive en NOUVELLE-CALEDONIE.

  • 28 avril 1988 BERNARD PONS demande la dissolution du F.L.N.K.S.

  • 29 avril 1988 JOSE LAPETITE est abattu dans la région de VOH.

  • 08 mai 1988 Deuxième tour des élections présidentielles françaises.

  • 30 mai 1988 Le nouveau ministre de la justice PIERRE ARPAILLANGE ordonne une information judiciaire contre x dans le cadre de l'affaire d'OUVEA. Le juge d'instruction JOELLE RONDREUX du parquet de NOUMEA est chargé de cette enquête.

Depuis c'est le silence sur les morts survenues après la reddition des nationalistes kanaks.

 

A cette époque, le chef du service de l'hygiène où je travaillais était le docteur ALAIN FRAISSE, un médecin militaire. En tant que tel, il avait été réquisitionné pour compléter l'antenne médicale de l'OPERATION VICTOR à OUVEA. A son retour, je lui demandais les renseignements suivants : " Est-ce vrai que certains gendarmes d'OUVEA ont eu les mains coupées par les sabres des kanaks indépendantistes ? C'est ce qu'on dit à NOUMEA ".

Réponse du chef de service : " Non, c'est totalement faux ; ce sont des balles qui ont sectionné des membres, mais pas des sabres. ".

Question : " Est-ce vrai que des indépendantistes ont été tués après la fin de l'opération ? ".

Réponse du chef de service : " GUY, je suis tenu par le secret militaire, je n'ai rien le droit de dire à quiconque sur cette affaire !.

En 1989, année de son départ du service de l'hygiène, il me confia la chose suivante :

" La vie est étrange... DJOUBELLY WEA a tué JEAN-MARIE TJIBAOU alors que je l'avais soigné lorsque j'étais médecin à OUVEA... Il avait des amibes et était pratiquement sans force sur une natte... Il portait des scarifications sur les membres car il se soignait selon la méthode indigène... Je l'ai bien soigné, et regarde ce qui se passe des années plus tard ".

Je respectais beaucoup ce chef de service ; c'était un homme de parole, un homme droit !

Exactement le contraire du docteur HENRI DUBOURDIEU, son successeur..

En effet, ce dernier avait déclaré aux"enquêteurs'' de la gendarmerie qu'il avait lui-même vu l'arme dont je disposais pour ma protection à l'époque… C'est bien la dernière personne à qui je l'aurai montrée vu sa propension au mensonge !

J'avais pu découvrir à mes dépens cette"qualité'' fort développée chez ce triste sire en 1989, lors d'une grande épidémie de dengue en NOUVELLE-CALEDONIE, mais là n'est pas l'objet de cette note supplémentaire.

L'arme sus-citée a maintenant une histoire, car le gendarme MARC REVAULT voulait l'utiliser pour nous faire établir une fausse accusation contre PIERRE MARESCA.

D'autre part, l'émission de télévision dont il est question dans cette plainte n'est autre que la conférence de presse donnée par BERNARD PONS au haut-commissariat de la république en NOUVELLE-CALEDONIE, après le succès de l'OPERATION VICTOR. Entre autres personnes, le ministre des DOM-TOM BERNARD PONS était entouré de la façon suivante :

A sa gauche, PHILIPPE LEGORJUS tout de noir vêtu.
A sa droite, le général VICTOR J. VIDAL tout de blanc vêtu.

Deux couleurs réunies dans les mêmes sanglantes magouilles, en quelque sorte…

Il y manquait le substitut du procureur de la république JEAN BIANCONI, le héros du contrôle de la procédure dressée contre les ravisseurs...

Fait curieux, ni le juge d'instruction JOELLE RONDREUX ni le substitut du procureur JEAN BIANCONI ne s'élevèrent contre les mortelles"bavures'' des forces armées françaises engagées dans cette boucherie …

Prenons-en une autre par exemple, au hasard de nos investigations.

TEMOIGNAGE D'UN SURVIVANT DE LA GROTTE

Le vendredi 08 janvier 1999 à 09 H, JOSEPH WANANIJE et moi nous rendîmes au domicile d'un survivant kanak de l'OPERATION VICTOR. Mon but était précis, car je voulais découvrir la vérité sur un point très important de l'incarcération des rescapés kanaks en FRANCE.

Leur avait-on demandé de mettre la responsabilité des meurtres des gendarmes et des militaires français sur le dos de leurs 19 compagnons abattus pendant et après l'OPERATION VICTOR ?

Ceci bien entendu afin de mieux faire passer une future loi d'amnistie en préparation dans les coulisses de la 5ème république...Et c'est ce qu'il advint, car cette fameuse loi fut votée à l'unanimité en FRANCE.

La réponse de ce survivant ne se fit pas attendre :

" Oui c'est vrai GUY,"on'' nous a demandé de faire cela…

Mon petit frère est mort maintenant, et nous étions toujours ensemble…

Ils l'ont laissé mourir tout seul au soleil après notre reddition, alors qu'il n'avait qu'une blessure au genou… Moi, ils m'ont mis le bras sur une grosse pierre et l'ont brisé à coups de crosse en me disant :

‘' C'est avec cette main que tu as tué les gendarmes de FAYAOUE, alors voilà pour toi !" ".

Ce rescapé me montra la longue cicatrice sur sont bras droit en me précisant que les médecins avaient posé une plaque de métal sur l'os.

Pleurant parfois d'émotion, il rajouta :

" Tu sais GUY, nous n'avions pas du tout prévu de tuer les gendarmes de FAYAOUE. Ce ne devait être qu'une occupation des locaux avec une exploitation politique par nos leaders ensuite.

Mais quand nous sommes arrivés le matin, ce n'était plus comme d'habitude : Les gendarmes n'avaient pas rangé toutes leurs armes après le salut quotidien au drapeau français. On aurait dit qu'ils étaient au courant de quelque chose, mais nous n'avons pas voulu nous dégonfler et ça a dérapé.

Nous avions donné notre parole, et le même type d'opération devait se produire ailleurs…

C'est en FRANCE, dans la cour de la prison que DJOUBELLY WEA me dit la phrase suivante :

" Nous avons été trahis par nos propres leaders !".

Ce rescapé désirant encore conserver l'anonymat pour l'instant me donna ensuite quelques détails supplémentaires, notamment sur la mort de JEAN-MARIE TJIBAOU et de YEIWENE YEIWENE le 04 mai à WADRILLA.

C'est à cet instant précis que je l'informai de l'étrange message reçu très peu de temps avant ce double assassinat : " Du sang noir va couler,"on'' vous demande de ne pas verser d'huile sur le feu… ".

Ces faits sont clairement développés ultérieurement sous le titre :

" DEUXIEME AFFAIRE D'OUVEA : MEURTREs DE JEAN-MARIE TJIBAOU ET DE YEIWENE YEIWENE ".

Il me demanda plus de détails, et je lui précisai que DJOUBELLY WEA ne disposait certainement pas à l'époque d'un téléphone portable pour nous prévenir de ses intentions, à savoir l'exécution des deux principaux leaders du F.L.N.K.S.

Une chose extrêmement grave était volontairement cachée par les autorités françaises dans ce drame.

Avant de quitter ce militant kanak meurtri physiquement et moralement par ce très lourd passé pesant sur ses épaules, je lui dis :

"Merci pour ton accueil, merci de m'avoir parlé ainsi. Maintenant"ils'' ne pourront plus jouer avec nous et avec vous comme"ils'' l'ont toujours fait jusqu'à présent.

Redresse-toi, cesse de boire pour oublier ta peine et retrouve ta dignité.

Prépare-toi car un jour tu devras parler de toutes ces choses cachées aux jeunes kanaks, et ils n'écouteront qu'une personne digne.

Un livre va sortir sur toutes les saloperies françaises que JOSEPH et moi avons découvertes, mais cette histoire t'appartient car tu l'as vécue dans le sang de tes frères et dans la souffrance.

Encore une fois, prépare-toi car tu devras parler un jour ".

 


Extraits de la page 31 du magazine L'EXPRESS n° 2412 - Semaine du 25 septembre au 1er octobre 1997 :

Article : "Les notes secrètes de FRANÇOIS MITTERRAND et CHRISTIAN PROUTEAU".

POLEMIQUE AUTOUR D'OUVEA : 10 MAI 1988.

Quelques jours après la libération des gendarmes d'OUVEA, qui s'est soldée par la mort de 19 canaques et de 2 militaires, CHRISTIAN PROUTEAU critique les conditions de cette intervention en la mettant en parallèle avec la libération des otages du LIBAN.

‘‘Depuis samedi l'opération d'OUVEA suscite de la part de plusieurs journalistes et hommes politiques, des commentaires à travers lesquels on sent une fois de plus, que ce sont les exécutants qui vont avoir à rendre des comptes.

La gendarmerie et l'armée ont été engagées côte à côte dans cette entreprise extrêmement difficile, compte tenu du terrain et du lieu de détention des otages et elles vivent très mal le développement de cette polémique.

Tout se passe comme si le débat politique nécessaire autour de l'opportunité de l'action des forces pour libérer les otages se réduisait à la critique de l'exécution de l'opération.

Or, il est un point important qui n'a pas été abordé, alors qu'il peut en partie expliquer la violence des combats.

En effet comme je vous l'avais dit, l'intervention devait être déclenchée le mardi 03 mai à 20 heures, jour où le ministre de la défense est venu vous voir.

Peu de temps avant l'heure prévue, je vous ai informé que l'action était inexplicablement repoussée de 24 heures.

J'avais d'ailleurs attiré votre attention sur les dangers de ce report, à travers les renseignements que j'avais pu obtenir.

Si l'intervention avait été déclenchée le jour prévu, c'est-à-dire le mardi à 20 heures, l'effet de surprise jouant, il y avait en tout état de cause le jour prévu qu'une quinzaine de ravisseurs en poste de combat.

Or, le mercredi à 20 heures (heure de PARIS), date de l'opération, l'ensemble des ravisseurs étaient en poste de combat, puissamment armés.

Il est incontestable qu'ils attendaient l'intervention. En effet, pendant tout le temps de la séquestration, il n'a, d'après les informations du personnel du G.I.G.N., été maintenu en armes qu'une quinzaine d'hommes.

Ceci paraît logique, ne serait ce que pour assurer des temps de repos aux hommes de garde.

Ayant évoqué ce problème avec les personnels qui ont participé à l'opération, ils sont convaincus que l'effet de surprise n'a pas joué à cause du report de l'intervention et de leur côté ils n'ont jamais su pourquoi cette action avait été déplacée de 24 heures.

Sans pouvoir assurer, n'ayant pas été sur le terrain moi-même, que l'ensemble du personnel engagé n'aurait pas eu une attitude digne, je pense malgré tout qu'une polémique autour de l'exécution de l'opération elle-même sera très mal ressentie par l'armée, compte tenu de ses pertes et des risques encourus, la question la plus importante étant à mon avis le report de l'intervention qui ne pouvait conduire qu'aux résultats que vous connaissez.

Je pense que le gouvernement de monsieur CHIRAC devrait s'expliquer sur ce point essentiel.

LE CHEF D'ESCADRON CHRISTIAN PROUTEAU.

 

Un jour de report pour un"superbe tableau de chasse'' : 19 militants indépendantistes tués d'un seul coup !

Bien sûr, les états-majors rompus à ce genre de basses besognes"n'avaient pas prévu cela''.

Et toujours la"bonne foi'' des différents gouvernements français, qu'ils soient de droite ou de gauche.

L'argent ( du nickel calédonien ) n'a pas d'odeur ou de... sens !

Quant à"l'ensemble du personnel engagé qui n'aurait pas eu une attitude digne'', il faudrait pouvoir interroger quelques tombes comme celles de ALPHONSE DIANOU ou du jeune AMOSSA WAINA.

Il y a également l'enquête du juge d'instruction JOELLE RONDREUX, mais vu la manière dont les"investigations'' sont menées en NOUVELLE-CALEDONIE j'ai de très sérieux doutes, non sans raison...

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