DIJOU GUY
A
MONSIEUR LE PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE DE LA NOUVELLE-CALEDONIE
LE 13 AOUT 1994
OBJET : Grève de la faim illimitée.
Par la présente, j'ai l'honneur de vous annoncer qu'à compter de ce jour je débute une grève de la faim illimitée en protestation des méthodes utilisées par le directeur du CAMP-EST YVES DUPAS et vous-même, procureur de la république.
1°) Le vendredi 12 août 1994 à 08 h 20 mn, deux gendarmes de la brigade de recherches de la caserne MEUNIER dont le chef MARC FORTIER, sont venus au CAMP-EST.
Ceux-ci avaient selon vos instructions écrites, pour tâche de m'auditionner uniquement comme vous l'avez vous-même spécifié sur le déroulement du vol du coffre-fort de la S.L.N. / THIO.
Il est intéressant de constater que vous avez jugé utile de confier à nouveau ce dossier à cette même brigade de recherches qui l'avait volontairement escamoté précédemment !
Ces faits sont détaillés dans la plainte déposée auprès de vos services le 02 juillet 1994, en plus d'autres malversations graves effectuées par cette même brigade dont, entre autres :
- Incitation à faux témoignage sur les personnes de JACQUES LAFLEUR et de PIERRE MARESCA.
- Dissimulation de preuves et d'éléments de preuves etc.
Le nom du deuxième gendarme peut être relevé sur le registre des entrées du CAMP-EST à la date sus-citée, et il est à noter que ce dernier a pris une part active dans l'enquête concernant JACKY UICHI et moi.
2°) Le samedi 13 août 1994 à 11 h 30 mn, le premier surveillant PHILIPPE DION accompagné des surveillants JOHN ROBSON et PIERRE HMALOKO, ont effectué la saisie sur ordre du directeur du CAMP-EST YVES DUPAS, d'une plainte rédigée conjointement avec JOSEPH WANANIJE qui vous était nominativement destinée.
Le premier surveillant PHILIPPE DION m'a affirmé que la saisie de ce document était effectuée dans le cadre d'une recherche d'éléments portant atteinte à la sécurité du CAMP-EST.
Il était pourtant clairement spécifié sur ce document en première et dernière page :
'Monsieur le procureur de la république en NOUVELLE-CALEDONIE''. Celui-ci de 70 pages environ, met en évidence les exactions commises par les services spéciaux français sur la terre de NOUVELLE-CALEDONIE, et devait être expédiée le mardi 16 août 1994 à la première heure. ( lundi 15 août 1994 étant férié ).
JOSEPH WANANIJE et moi auteurs de cette plainte, nous interrogeons sur la saisie d'un tel document avant un week-end de trois jours, mais habitués que nous sommes, un coup fourré de plus ou de moins...
Il est intéressant de préciser que les noms de témoins de"certaines affaires'' mettant en cause l'implication occulte des services spéciaux en NOUVELLE-CALEDONIE figurent sur cette plainte...
Veuillez agréer, monsieur le procureur de la république, l'expression de ma très haute considération.
GUY DIJOU.
COPIE : Madame BERNADETTE DIJOU
PS : la présente grève de la faim prendra fin à la mise en place de la commission spéciale d'enquête exigée dans la plainte saisie par le directeur du CAMP-EST.
NOTE SUPPLEMENTAIRE
Lorsqu'on est naïf, on croit pouvoir faire avancer la justice en NOUVELLE-CALEDONIE avec une grève de la faim... En réalité, tout le monde s'en fout royalement !
Cette grève de la faim ne dura qu'une dizaine de jours en ce qui me concerne, et elle me permit de mieux connaître les réactions d'un corps humain dans cette situation, en l'occurrence le mien.
Quant à la mise en place d'une commission d'enquête réellement objective, il n'y en eut tout simplement jamais !
Au-delà de ces considérations et comme pour la plupart de mes correspondances, celle-ci était également destinée à laisser une trace indélébile des agissements plus que sournois du procureur de la république en NOUVELLE-CALEDONIE, YVES LEBOURDON.
Et s'il n'y avait que lui...
Comme il est précisé dans cette lettre, ce même procureur m'envoya deux membres d'une brigade de recherches contre laquelle j'avais déposé plainte le 02 juillet 1994. Là, c'était vraiment de trop !
Après les avoir copieusement insultés, j'attrapai l'épaulette gauche du chef de cette même brigade, le gendarme MARC FORTIER, pendant que l'autre abruti commençait à jouer avec sa machine à écrire.
Ce dernier ne put aller plus loin car je refusai catégoriquement cette foutaise d'instruction, me levai et demandai au premier surveillant BANABA YEKAWENE de me ramener dans ma cellule.
Je dois dire qu'en me levant, une envie terrible de fracasser le crâne de ces deux gendarmes-magouilleurs m'avait vraiment tenté...
Je sais qu'ils n'auraient pas eu le temps de bouger étant donné leurs positions respectives et tellement ma haine était grande, haine d'avoir découvert tout ce qu'ils faisaient réellement en NOUVELLE-CALEDONIE.
Deux coups de tabouret bien ajustés et c'était fini pour eux...
Là encore, la voix de la conscience se fit entendre : " Ne frappe pas ! Pars... Ils vont payer autrement, un jour... ".
Toutefois avant que la colère ne m'envahisse, le chef de brigade MARC FORTIER eut quand même le temps de me montrer le feuillet vert signé par le procureur YVES LEBOURDON.
Ses consignes étaient très claires : Les deux gendarmes en question devaient m'auditionner uniquement sur le déroulement du vol du coffre-fort de la S.L.N. / THIO, sans plus !
Sur le feuillet vert contenant les instructions de ce procureur, le mot uniquement était souligné trois fois, comme sur ma correspondance.
Ce dossier avait été escamoté auparavant par le gendarme MARC REVAULT appartenant à cette même brigade de recherches de la caserne MEUNIER NOUMEA.
Ces faits sont largement décrits dans ce dossier, et font l'objet d'une plainte en date du 02 juillet 1994 adressée à ce même procureur.
Le gendarme MARC FORTIER eut juste le temps de m'expliquer qu'il ne connaissait pas la teneur du marché conclu entre le gendarme MARC REVAULT et nous, ce à quoi je répliquai que ce dernier n'avait certainement pas pris seul l'initiative de toutes ces magouilles.
Un jour au CAMP-EST, le gendarme MARC REVAULT m'avait confié : " GUY, j'en ai vraiment marre de ton dossier... Je reçois des pressions de partout... ".
Quant au deuxième abruti accompagnant le chef de brigade MARC FORTIER, il s'agissait du gendarme CHRISTIAN GODEFROY ayant trafiqué les perquisitions du container de DUCOS ( SOLAR EDWARDS ) et du garage sis 94 route de OUEMO MAGENTA NOUMEA.
Dans cette tâche peu honorable, il avait reçu l'aide du gendarme FREDERIC JAMES.
C'est du reste cette"paire'' de gendarmes CHRISTIAN GODEFROY / FREDERIC JAMES qui avait produit des faux témoignages en déposant en tant que témoins devant la cour d'assises les 24 / 25 / 26 avril 1996.
Inutile de préciser qu'ils avaient prêté serment juste avant de débiter leurs mensonges.
Était-ce bien nécessaire dans ce cas de lever la main droite et de dire " JE LE JURE " pour mentir ensuite sur le nombre exact d'armes en état de fonctionnement dans nos deux dépôts, ou sur les dates exactes de mes voyages à l'étranger par exemple... Et s'il n'y avait que cela...
En effet, le 16 août 1995, soit un an après le dépôt de la plainte principale du 30 juillet 1994, ce même gendarme CHRISTIAN GODEFROY s'était livré à une manuvre vraiment basse, une de plus et digne de son auteur...
Lors de l'extraction d'un détenu vers l'hôpital de NOUMEA, ce gendarme lui avait dit les phrases suivantes dans le véhicule : " Tu es avec GUY DIJOU à l'isolement ; je le connais bien, c'est un"copain''...
Tu lui passeras le bonjour de ma part. Il a voulu jouer, mais il a perdu
Tu sais, il n'a pas rendu toutes les armes et il en a encore beaucoup, c'est sûr... ".
Un peu de fiel déposé intentionnellement dans le cur du détenu SALOMONE HENSEN
Pourtant, ce détenu choisit le chemin de la confiance en me rapportant directement toutes ces paroles, au lieu de les glisser discrètement dans des oreilles indépendantistes par exemple, histoire d'amoindrir la vérité découverte par JOSEPH WANANIJE et moi-même dans deux cellules d'isolement du CAMP-EST.
De plus, il est étrange que cette extraction ait été effectuée par la gendarmerie alors que c'est la police qui s'en charge habituellement...
Et pas n'importe quel gendarme, car le triste personnage dont il est question ici est un gradé de la brigade de recherches de la caserne MEUNIER NOUMEA.
Un gendarme gradé effectuant l'extraction d'un simple détenu vers l'hôpital de NOUMEA, nul doute qu'il y ait une très bonne explication à cette procédure peu habituelle...