DIJOU GUY
A
MONSIEUR LE PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE EN NOUVELLE-CALEDONIE
LE 21 AOUT 1994
Par la présente, j'ai l'honneur de solliciter votre intervention afin d'obtenir les photocopies des plaintes déposées auprès de vos services le 08 juillet 1994 et le 16 août 1994.
En effet, comme vous pouvez le constater dans la copie de la lettre adressée ce jour à maître CHRISTIAN BOISSERY, je ne suis toujours pas en possession des plaintes déposées au tribunal de NOUMEA aux dates sus-citées.
Comptant sur votre collaboration, veuillez agréer monsieur le procureur, l'expression de mon profond respect.
GUY DIJOU.
NOTE SUPPLEMENTAIRE
Cette lettre restée sans réponse ni résultat tangible a été expédiée le 22 août 1994 par courrier interne du CAMP-EST vers le palais de justice de NOUMEA.
Il convient de noter que toutes les plaintes déposées auprès
du procureur de la république en
NOUVELLE-CALEDONIE n'ont jamais fait l'objet d'une quelconque réponse
écrite.
De plus, cette correspondance illustre à merveille les difficultés d'obtenir ne serait-ce qu'une simple photocopie d'une plainte officielle adressée au procureur de la république.
Même en usant de"la brosse à reluire'' utilisée dans cette formule de politesse, je n'ai jamais pu compter sur la collaboration du procureur YVES LEBOURDON, surtout afin d'établir la vérité !
Et ne parlons pas des difficultés d'obtention de ces photocopies auprès de maître CHRISTIAN BOISSERY, mon"défenseur'' et ex-bâtonnier du conseil local de l'ordre des avocats.
Ce dernier avait pourtant bien encaissé 250 000 CFP au titre de provisions déposées à son étude, pour la défense de mes intérêts.
C'est, du reste, le seul versement qu'il obtint de ma part, mais c'était déjà un versement de trop ! (voir le chapitre " AVOCATS " dans le présent dossier... Il est plus qu'éloquent ! ).
Là encore, le directeur YVES DUPAS et la hiérarchie du camp-est ne furent jamais inquiétés, et il n'y eut jamais d'enquête au bloc C d'isolement du CAMP-EST.
Quant à l'absence de cellules de psychiatrie au pénitencier, n'en parlons pas Peut-être sont-elles prévues pour l'an 3000 !
Par contre, les rations alimentaires journalières augmentèrent considérablement pendant une dizaine de jours environ, après le suicide d'ANGELO WAHOO... Il s'agissait de calmer ceux qui avaient l'esprit dans l'estomac en quelque sorte ; le ventre bien plein cette"mésaventure'' passait mieux n'est-ce pas ?
Et s'il n'y avait que cela en ces lieux de pénitence où le code de procédure pénale n'est que dérision, pour devenir le"GOD'' de procédure pénale.
Bien sûr, ce n'est pas"MIDNIGHT-EXPRESS'', bien que ce fut pire à l'époque du bagne...
Pourtant, un drapeau français flotte à l'entrée du CAMP-EST, drapeau du pays des droits de l'homme... Tu parles à 22 000 km... Loin des yeux, loin du cur !
Et que dire des différents bacs à plonge dans les cours des blocs de détention ? Bacs à tout faire, verts de moisissures incrustées dans la maçonnerie poreuse. Bacs à faire la vaisselle et la lessive où les détenus se trempent le cul tout habillés quant il fait trop chaud.
Bacs à merde pour le lavage des pieds et des chaussures. Bacs-bouillons de cultures quand des sagouins crachent carrément dedans, avant le"lavage des assiettes'' par des auxiliaires.
Assiettes émaillées, ébréchées et rouillées à souhait pour certaines : de vrais"gardes-manger'' !
En NOUVELLE-CALEDONIE, il y a deux fois plus de cas de tuberculose qu'en FRANCE, paraît-il... Dans ce cas, que devient la radiographie pulmonaire obligatoire de chaque détenu avant son stockage dans le chenil ?
Et dire que j'ai 20 ans d'ancienneté dans le service municipal d'hygiène !
O rage ! O désespoir ! O crasse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu que pour voir ce merdier ?
Et la nourriture, pour ne pas dire la bouffe ? Miam-miam, les bons repas toujours froids de conserves éternelles, même quand ça caille ! Rare salade verte, trop rare légume frais mélangé dans l'auge du chien, plus verte du tout quand on la porte à la bouche.
Quel poème, la"nourriture'' du CAMP-EST...
Alors quand on peut cantiner une fois par mois les éternels mêmes produits sur les éternelles et inaltérables fiches de cantine, c'est tout de suite le"snack-bar'' !
Pour ceux qui peuvent se le permettre bien sûr ,et ils sont trop rares malheureusement...
Ensuite c'est BOCUSE, avec la"cantine spéciale'' mensuelle !
Et si vous êtes bien sages, vous aurez droit à la fin de l'année aux surplus périmés de quelque importateur"généreux'', genre biscuits au chocolat ou autres saloperies du même genre.
" MERCI BWANA ! ".
Et les douches, haut lieu de décrassage à l'eau froide dans un courant d'air frais à merveille... Vraiment idéal pour les malades, surtout en hiver ! Mais il y aura toujours une intelligence supérieure pour déclarer qu'il n'y a pas d'hiver en NOUVELLE-CALEDONIE... Qu'il vienne à 6 h 30 parfois !
Et où s'abriter quand il pleut pendant les promenades trop courtes, surtout quand une bronchite vous bouffe les poumons, n'est-ce pas détenu PATRICK BALDINI ?
A quinze sous les quelques cm2 de toiture recouvrant les"bacs à plonge-bacs à merde''
C'est ça ou rien ! Pas de promenade, dans la cellule !
Le détenu PATRICK BALDINI : " Chef, il pleut et je suis malade ; est-ce que je peux rester dans le couloir ? ".
Réponse du gardien : " Non ! ".
Le détenu PATRICK BALDINI : " Quel pays de cons ! ".
Réponse du gardien : " BALDINI, un rapport ! ".
Et hop ! Au prétoire qui ne prête qu'aux riches
Comme ce n'est pas BUCHENWALD, DACHAU ou AUSCHWITZ, il y a trois séances de vidéo hebdomadaires...
Mais quand on ne veut pas sortir d'une claustration physique pour entrer dans une claustration mentale genre salle de vidéo, que reste-t-il ?
Rien ! La cellule et point final !
En FRANCE, il y a le chauffage en hiver. En NOUVELLE-CALEDONIE, il y a le réchauffage en été...
Portes blindées hyperajustées, judas superétanches, et cinq détenus par cellule pour avoir encore plus chaud, dans certains blocs.
La privation de liberté que constitue l'emprisonnement après un procès salopé n'implique absolument pas tout cela, monsieur le législateur. Législateur-état qui ne respecte même pas ses propres lois, bien entendu :
" Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! ".
" Merci MITTERAND, Merci CHIRAC et tous les autres ".
" YA BON BWANA ".
" MERCI BOUN DIE ".
Il y a tellement à dire sur le CON-EST après deux ou trois concerts de musique"lokale'' bien médiatisés pour l'image CLUB MED, qu'il faudrait de trop nombreuses pages...
Un peu de dérision pour oublier toutes ces magouilles et ce sang...